Antoine, un poney alezan qui est magnifique, avec une longue et belle crinière, et qui fait du charme à tout le monde, tombe un jour malade. Il a un gros abcès à la gorge. Il maigrit de plus en plus. Papa lui fait des piqûres, mais cela ne change rien du tout
On appelle le vétérinaire. Il dit qu'il ne sait pas ce qu'il a et qu'il vaut mieux l'abattre, mais papa n'est pas de cet avis.
J'ai l'idée d'aller chez la mère Louise, car Grany dit qu'elle a ramassé des enfants après la guerre. Elle les a soignés et ils sont repartis tout forts et tout gais. Peut-être qu'Antoine fera pareil.
La vieille porte d'entrée est difficile à ouvrir et son chien me fait peur. Heureusement qu'il est attaché!
Je frappe et une voix assez grasse me répond: « Entrez! » « Bien bonjour, mon petit. Comment que ça va ? &emdash;Bonjour, madame, ça va très très bien, et vous ? &emdash;Ah oui, mes lapins, ils vont pas très bien. &emdash;Non, vous ? &emdash;Ah moi, je vais pas mieux, et puis mes poules ont eu le choléra, alors, n'ai pu que trois et y en a qu'une seule qui pond. &emdash;Il paraît que le père Duval est parti ? &emdash;Ah oui, il veut plus revenir, alors je suis toute seule. &emdash; Vous voudriez avoir un poney très malade juste à côté de chez vous qui s'appelle Antoine? &emdash;Ah, j'dirais pas non. &emdash;Eh bien, on vous l'apportera demain. »
Le lendemain, on le lui apporte.
« Vous le trouvez bien ? &emdash;Oui, il me plaît. &emdash;Maintenant, il faut que je parte, c'est l'heure du goûter. &emdash;Oui, attends, je vais te donner des ufs. &emdash;Non, gardez-les pour vous. &emdash;Allez, prends-les. &emdash;Bon, merci madame, au revoir. &emdash;Au revoir, mon petit gars. »
Et je la laisse toute seule avec Antoine, qui commence à avoir l'habitude d'elle. Il est heureux, malgré son abcès.
La mère Louise le fait manger à la main tout le temps et elle l'aime bien. Au bout de quelques jours, je me rends compte qu'Antoine va mieux, et j'ai un espoir qu'il vivra et ce que je dis à papa est pour lui une très bonne nouvelle.
Après, on l'enlève de chez la mère Louise et on le met dans un bel herbage. Et la mère Louise me dit:
« A chaque fois que j'en ai un, on me le reprend, eh bien, je vieillirai toute seule! »